Réflexions sur la Vengeance – Exemple de la Revanche de Cersei

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Tout d’abord, si l’on parle de vengeance, c’est qu’il y a eu une offense, une blessure, quelque chose qui fait mal, une injustice. Parfois, c’est un drame qui brise notre vie, comme une explosion qui fait tout voler en éclats. Deux chemins s’offrent alors à nous, un choix doit être fait : pardonner ou garder rancune. Cersei Lannister a fait le choix de se venger.

Cersei

Le nom de Cersei m’a immédiatement fait penser à Circé, la puissante magicienne de la mythologie grecque, dont le nom en grec ancien “kirké”, signifie “oiseau de proie”. Belle et dangereuse, Circé élabore potions et filtres, empoisonne, ou transforme les hommes en animaux. Tout aussi belle et redoutable, Cersei n’hésite pas à éliminer tous ceux qui la gênent. Ceux qui s’opposent à ses projets signent leur arrêt de mort.

Son orgueil démesuré, qui n’a d’égal que sa cruauté, lui interdit  de pardonner. Elle n’a aucune compassion pour les autres, à l’exception de son frère et de ses enfants. Lui infliger une humiliation publique revient à se mettre en très grand danger, car sa malveillance exige réparation de l’outrage qu’elle a subi. Sa rancune est tenace, elle n’oublie pas. Son épreuve n’a pas encore commencé qu’elle imagine déjà ce qu’elle pourrait faire subir à Septa Unella. L’explosion du grand Septuaire de Baelor, c’est l’explosion de sa rancune et de sa colère, mais ce n’est que le début des représailles …

La vengeance

Le chemin de la rancune conduit à la mort. En effet, le ressentiment agit comme un poison dans notre être intérieur. Alors que la haine s’installe, la souffrance amène le désir de se venger pour obtenir réparation, punir l’offenseur, prendre sa revanche c’est à dire reprendre l’avantage sur quelqu’un après avoir eu le dessous. Ceux qui s’engagent dans cette voix ont l’illusion que la vengeance les apaisera, calmera le tourment, mais elle ne change pas la situation, n’apporte pas la paix et n’atténue pas la douleur. La souffrance est toujours là, et la vengeance en appelle d’autres, comme une réaction en chaîne. C’est sans fin. Jusqu’à ce qu’on décide de pardonner …

Le pardon

A l’opposé, le chemin du pardon conduit à la liberté, car celui qui pardonne est libéré dès que sa décision est prise, de même que celui qui est pardonné dès qu’il se sait pardonné. C’est un chemin de vie qui nous fait aller de l’avant, sans ressasser le passé. C’est un choix qui vient de la volonté et de l’intelligence.

Il faut être fort pour pardonner, car la souffrance ne disparaît pas pour autant. Nous décidons de pardonner, la souffrance reste, car il faut du temps pour que la guérison se fasse. Il faut donc pardonner tout en souffrant. D’ailleurs, si il n’y avait pas de souffrance, il n’y aurait pas besoin de pardonner.

Pardonner, c’est accepter de supporter les conséquences du tort qui nous a été fait, de supporter la souffrance et les difficultés qui en résultent, sans garder de rancune. C’est ne pas réagir au mal en cherchant à faire du mal. C’est réagir en aimant.  Le premier pas, c’est de vouloir pardonner même si nous ne nous en sentons pas capables. Il y a des choses très difficiles à pardonner, quand la souffrance infligée est si terrible que notre vie et notre être sont ravagés, comme brûlés vifs.

Et pourtant, quelle que soit l’intensité de la peine, le choix se présente. Dans ce cas, seul Dieu peut nous aider et nous rendre capables de pardonner profondément. Jésus a dit : “En effet, si vous pardonnez aux autres leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes” (Matthieu 6,14-15).

La vengeance de Cersei en musique

Cersei a choisi le chemin de la vengeance, de la haine, de la mort. Dans le dernier épisode de la sixième saison de Game of Thrones, alors que nous ne pouvons pas prévoir ce qui va se passer, les événements s’enchaînent, portés par la musique sublime de Ramin Djawadi, Light of the Seven.

Dans ce morceau, le compositeur utilise pour la première fois le piano, et ce nouveau langage nous fait comprendre qu’il va se passer quelque chose de spécial, d’épouvantable. Les premières notes, douces, belles et inquiétantes, commencent à mettre en place la trame, puis les violons unissent leurs voix au piano en une mélodie parfois dissonante, dont la mélancolie et la douceur laissent présager quelque chose d’autant plus terrible et machiavélique. Les pauses dans la musique apportent une solennité et imposent un rythme lent, menaçant. Le piano répète sa complainte, s’arrête, reprend seul.

A 2:57, discrètement, un violon tient une note en fond, nous donnant le sentiment que le temps est suspendu et que la menace se précise. Puis les choeurs, et enfin l’orgue entrent dans la danse, faisant monter la tension à l’extrême et les larmes dans nos yeux. L’orgue se déchaîne avant de céder un instant à la douceur du piano, alors que l’appréhension et l’effroi nous gagnent. Enfin, violoncelles et violons reprennent le contrôle, tourbillonnant avec l’orgue dans une envolée vertigineuse et magistrale jusqu’à l’explosion du grand Septuaire de Baelor et au sourire de jubilation de Cersei.

La souffrance nous rend-elle meilleurs ? A suivre …

Thalie

Light of the Seven – Ramin Djawadi, Game of Thrones Soundtrack

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